
Le 5 avril 2026 le ministre de l’Action et des Comptes publics a déclaré (1) vouloir « une IA choisie, et non une IA subie » et « propose une négociation sociale au sein de la fonction publique consacrée à l’IA ».
Certains de nos services l’utilisent déjà. C’est le cas par exemple à la DSI depuis un an où il a été proposé aux développeur·euse·s, sur la base du volontariat, d’utiliser un outil d’IA (« Copilot ») pour leurs tâches, à titre d’essai. Partout l’IA s’implante fortement dans les services informatiques, alors que Mediapart, qui cite un article de la Harvard Business Review de février 2026, explique que : « « l’IA ne réduit pas le travail, il l’intensifie ». Prenant le cas concret du codage informatique, une des tâches pour laquelle l’IA est potentiellement le plus efficace, les auteurs montrent que l’usage de cette technologie conduit à brouiller la division du travail. » (2).
Le Café de l’IA de février 2026 a fait un bilan de l’appel à expérimentations internes de 2025 avec présentations des projets initiés par des agents en 2025, et développés avec l’aide de la cellule IA. Si certains de ces projets présentent l’avantage et la force de l’IA pour traiter des quantités de données qui ne pourraient autrement être traitées par l’humain (5 000 rapports d’intervention du laboratoire à résumer rétrospectivement par exemple), d’autres projets sont plus problématiques, comme le projet « Développement et application de l’IA pour l’indexation et la classification des documents ».
Au DEP ce projet a porté sur l’indexation sujet des ouvrages en allemand, et la notice qui a été mise en avant au Café et pour laquelle des indexations RAMEAU et Dewey ont été proposées par IA est celle d’un ouvrage publié en 2024 ! On est loin d’une opération de rétroconversion. Le bilan de ce projet est que « la validation humaine reste indispensable » et qu’un « test à grande échelle est nécessaire pour mesurer la fiabilité » de cette indexation. L’humain va valider, et c’est tout ?
Pour 2026-2027 la BnF lance de nouveaux appels à projets d’intelligence artificielle et les deux thématiques proposées sont « L’IA au service des publics » et « L’IA au service de l’indexation et du catalogage » (3). Parmi ces projets on trouve ceux d’ « Assistance IA au développement d’un outil de conversion de métadonnées vers Intermarc-NG » et d’ « Outil d’aide à l’identification de personnes candidates à une autorité, articulé avec les mécanismes d’IsniDem ». Plus un projet de « Reconstitution et enrichissement des données de la Bibliographie nationale, interrogation en langage naturel via un RAG et expérimentation d’un agent conversationnel dédié ». Autant de moyens automatiques d’alimenter le catalogue ?
Et ces initiatives ne vont pas rester longtemps qu’à l’état de projets : on nous annonce que « les plus aboutis bénéficieront, à partir de juillet 2027, d’un programme de maturation destiné à accompagner leur passage à l’échelle opérationnelle ». Tout cela va vite, très vite. Avec quelles conséquences ?
Nous voulons une réflexion sur les impacts humains et environnementaux de l’intelligence artificielle. Si son utilisation raisonnée peut s’envisager pour améliorer la qualité de service, cela doit se faire sans diminution de poste ni externalisation, et en anticipant dès aujourd’hui les modifications d’emplois qu’elle engendrera. De plus ce sont des outils énergivores : il faut dès à présent envisager la réduction de l’impact environnemental des IA par la mise en place d’indicateurs de consommation d’énergie. Dans la création l’IA, et surtout l’IA générative, peut être l’outil de l’artiste mais pas la/le remplacer, d’ailleurs la CGT demande que la communication de la BnF, visuelle et textuelle, soit toujours créée par des agent·e·s ou des artistes embauché·e·s et pas par des IA génératives.
L’IA va toucher l’ensemble des métiers de la Bnf : collecte, signalement, conservation, service public, services techniques (informatique), etc mais elle doit rester un outil pour les agents, pas servir d’excuse à la direction pour rogner sur l’emploi.
Alors que les projets se multiplient, la direction a soigneusement évité que les instances représentatives de l’établissement (Comité social d’administration et Formation spécialisée) puissent donner leur avis sur l’introduction de cette nouvelle technologie et ses impacts en termes d’emplois, d’organisation du travail, de santé et sécurité des agents. C’est pourtant une obligation réglementaire. C’est pourquoi la CGT réclame un débat et une consultation des instances sur ces questions qu’il devient urgent d’examiner.
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