
L’histoire des femmes à la CGT n’est pas un long fleuve tranquille. Elle a naturellement été marquée par l’image et le rôle attribués aux femmes dans la société, autant qu’elle a contribué à les transformer en profondeur. « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits » : il aura fallu plus d’un siècle et demi pour que cette promesse révolutionnaire s’applique, en droit, aux femmes. Plus de temps encore pour que le « deuxième sexe » selon le titre de l’ouvrage fondateur de Simone de Beauvoir, ne soit plus perçu selon un déterminisme biologique mais comme une construction sociale ; les femmes devenant citoyennes, puis actrices de leur vie et dans la société. Pour se faire entendre, les femmes ont dû aussi conquérir leur place dans le monde du travail, comme dans le syndicat.
C’est dans le champ du travail qu’interviennent de premières conquêtes. En 1907, les femmes obtiennent le droit de vote aux conseils des prud’hommes (près de 40 ans avant leur citoyenneté politique) ; puis en 1908, y deviennent éligibles. Les luttes de femmes dans l’Education nationale aboutissent aussi, au début de siècle, à l’égalité de salaires entre instituteurs et institutrices. Mais c’est à partir de 1945 que les femmes entrent massivement et durablement dans le monde du travail. C’est à cette période aussi que la CGT élit la première femmes à son bureau confédéral, Marie Couette, militante issue de la Résistance.
La suite ne s’avère pas pour autant linéaire. Les militantes devront apprendre à ne pas limiter leurs revendications à celles de travailleuses bonnes épouses ou bonnes mères, dont on loue l’engouement pacifique, ou à qui l’on propose des recettes de cuisine. Elles devront aussi revendiquer le droit de ne pas se transformer en porte-voix de revendications mixtes, ou masculines, niant la spécificité de leurs rôles professionnels et de leurs revendications particulières. Ou encore lutter contre des préjugés amenant certains militants ou certaines organisations de la CGT à considérer que les revendications des femmes éloigneraient de l’essentiel : la lutte des classes.
Au sortir de la guerre, la CGT s’avère la seule organisation syndicale à se préoccuper du salariat au féminin. Puis la seule à se lancer dans l’aventure d’un journal syndical pour les femmes. Elle crée d’abord, en 1950, un bulletin confédéral des femmes ; puis, à partir de 1955, le magazine Antoinette, qui paraîtra jusqu’en 1989.
Cet engagement permettra de nouvelles conquêtes, par exemple, en 1946, la fin de l’abattement de salaires de 10% imposé aux femmes par rapport aux hommes. 1968 ouvre à de nouvelles militances et de nouvelles conquêtes dans le champ professionnel mais aussi sociétal.
Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, la CGT a fait une priorité de la lutte pour l’égalité, la liberté, le respect de la dignité, l’émancipation, au travail et dans tous les domaines de la vie. Plus les femmes seront nombreuses à se syndiquer et à militer, et plus cette priorité sera partagée. Tiré de la NVO, février 2018
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