
A la demande de la CGT, des chercheurs du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé) ont analysé les aides publiques d’Etat accordées aux entreprises et leurs conséquences.
Le chiffre est stupéfiant. D’abord son ampleur : 157 milliards d’euros d’aides publiques « au moins », hors crise Covid, sont reversés chaque année aux entreprises privées, l’équivalent d’un tiers du budget de l’Etat transféré depuis nos impôts et cotisations sociales.
Plus scandaleux encore que le chiffre, ces « plusieurs dizaines de milliards d’euros bénéficient aux entreprises sans que pour autant la puissance publique puisse indiquer avec exactitude les montants en jeu ». Et pour cause, les dispositifs sont multiples, pêle-mêle : crédit d’impôt pour la compétitivité (CICE), crédit d’impôt recherche (CIR) ou autres niches fiscales à base de suppressions ou d’allègements de cotisations qui assèchent nos caisses de protection sociale en retour.
« Soutenir le capital n’a rien de nouveau, les pays de l’Union européenne y sont engagés depuis les années 90. Ce qu’il y a de nouveau et de scandaleux, c’est la proportion aujourd’hui colossale de ce soutien, en France en particulier, qui a explosé depuis 2008 », rappelle Mathieu Coq, responsable du Pôle économique de la CGT.
Et plus encore depuis la mise en place du CICE en 2012, qui a offert au patronat des taux de marge supplémentaires aux frais du contribuable. Le patronat a encore récemment obtenu via la loi de finances 2023, la suppression de la CVAE, impôt local calculé sur la valeur ajoutée d’entreprises qui réalisent un certain chiffre d’affaire, le manque à gagner pour l’Etat s’élevant à 8 milliards d’euros par an.
On nous expliquera, certes, que ces 157 milliards servent avant tout à préserver l’emploi en France. Argument spécieux, qui ne tient plus au regard de la piètre qualité des emplois créés, majoritairement précaires, ou à celui de la désindustrialisation à l’oeuvre dans le pays depuis des années avec son cortège de délocalisations vers des pays à faible coût de main d’œuvre.
« Ce qu’il faut retenir de cette enquête, c’est que nous détenons enfin un chiffre, certes sous-estimé, mais scientifique et incontestable. Ce qui va nous permettre de combattre l’argument du « nous n’avons pas les moyens » car il est faux. Et de riposter que les moyens existent et qu’il suffit de les ventiler autrement en particulier en faveur des services publics à destination de la population », estime Mathieu Coq.
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