A l’ordre du jour de ce Comité social d’administration (CSA) :
- Remplacement de Lotus et des bases de production
- Point d’étape sur la mise en œuvre de Noemi
- Point d’étape de la réorganisation du département de la Conservation (DSC)
- Politique en faveur du handicap
1. Remplacement de Lotus et des bases de production
Il s’agit de remplacer l’ancienne solution HCL Notes par une plateforme plus adaptée aux pratiques actuelles. Le projet est basé sur la solution Nextcloud (arrivée en tête des tests techniques et d’accessibilité), une plateforme OpenSource que la CGT salue pour son absence de verrouillage propriétaire.
Concernant l’hébergement des serveurs, une réflexion stratégique est en cours pour garantir la souveraineté et la sécurité des données : l’administration envisage soit un hébergement sur les serveurs internes à la BnF, soit un hébergement externe via des prestataires certifiés garantissant une localisation des données dans l’Union européenne. La direction s’engage à ce que l’hébergeur externe, s’il est choisi, offre des garanties juridiques et techniques contre les ingérences extraterritoriales.
Le déploiement se déroulera en deux phases distinctes pour sécuriser la transition :
- 1er semestre 2027 : bascule de la messagerie électronique et des outils collaboratifs de base.
- fin 2028 : déploiement complet des bases de production et migration des fonctionnalités complexes.
Cette évolution répond partiellement à notre exigence d’une période de transition avec un double fonctionnement des deux applications.
Points de vigilance et réserves de la CGT :
- la migration des bases de production reste floue et le changement de plateforme induit un travail de tri et de classement : qui prendra en charge ce travail conséquent ?
- Charge des correspondant.e.s informatiques : si un réseau de relais est prévu, le temps spécifique dégagé pour les correspondants Informatiques n’est pas encore quantifié précisément et la charge de travail risque d’augmenter
- Droit à la déconnexion : la direction envisage un accès permanent aux outils, refusant le blocage technique hors horaires de travail
- Excel : les tests utilisateurs soulignent l’impossibilité d’exploiter certaines macros Excel complexes sans reparamétrage.
Par ailleurs, la CGT a alerté sur le fait que la bascule interviendra peu de temps après le passage à NOEMI et représentera pour beaucoup de collègues un nouveau changement significatif dans leurs pratiques professionnelles quotidiennes.
La CGT reste mobilisée pour obtenir des garanties écrites sur la charge des correspondants Informatiques et le maintien d’un environnement stable durant toute la période de transition jusqu’en 2028 et sera vigilante quant à la bascule des bases de production.
2. NOEMI : point d’étape et mise en œuvre
Synthèse de l’enquête CGT
Lors de ce CSA, la délégation CGT a présenté les résultats de son enquête sur Noemi lancée au mois de septembre et qui a recueilli pas moins de 108 réponses et parmi les répondant.es, 90 % utilisent l’outil quotidiennement. Cela constitue une base représentative pour porter les revendications des personnels (voir l’ensemble des résultats de l’enquête ici)
Quelques chiffres clés :
- 65,4 % des répondant.e.s ne sont pas satisfaits de l’outil
- 64 % signalent des problèmes psychosociaux (stress, tensions, angoisse)
- 46 % souffrent de troubles physiques (problèmes oculaires, TMS)
L’ordre des priorités pour les améliorations des conditions de travail :
- Consignes de catalogage claires et stabilisées (35 %)
- Amélioration ergonomique urgente de l’outil (22,5 %)
- Abandon des objectifs de production (14,5 %)
- Matériel (14%) et accompagnement (14%)
L’enquête de la CGT confirme les difficultés dont nous avions, à maintes reprises, alerté la direction : stress, angoisse, fatigue, frustration, démotivation, tensions, ce qui constitue un puissant cocktail de RPS.
Un enjeu primordial : la nouvelle gouvernance
Le sondage réalisé par la CGT pointe particulièrement le manque de consignes. La nouvelle gouvernance proposée pour Noemi devra prendre en compte cette difficulté en priorité.
La CGT rappelle que le dispositif de rédaction de Kitcat, mis en œuvre bien en amont, n’a pu parvenir à ses objectifs faute de temps disponible et de moyens. Depuis le début, le projet est porté par un groupe restreint d’agent.es qui, aujourd’hui, sont dans un état de fatigue physique et mentale qui ne cesse de s’accroître, sans compter les nombreux départs.
La nouvelle gouvernance du catalogue ne doit donc pas connaître de tels écueils. Il faut renforcer le centre névralgique de la transition bibliographique que constitue le département du MET. Côté DCO et DL, il faut aussi davantage considérer la charge élevée de travail qui repose sur les épaules des coordinateurs et coordinatrices ainsi que des relais.
Réserves spécifiques aux départements spécialisés
La CGT soulève plusieurs points problématiques concernant le traitement les collections spécialisées :
- migration incomplète des données : contrairement à l’affirmation selon laquelle 100 % des données de l’ancienne base ont été migrées, on constate des absences majeures, notamment les notices des objets. Ce point doit être clarifié d’urgence
- absence de cadre normatif (Code RDA) : la situation est particulièrement inconfortable. À la différence des imprimés, le code RDA est mal défini pour les fonds spécialisés. Les agent.es ont commencé à produire dans Noemi sans consignes stabilisées. Le système étant mouvant, cela contraint les collègues à devoir reprendre et corriger leurs notices ultérieurement, au gré de l’évolution des règles, une perspective très décourageante
- surcharge des référent.es : l’élaboration du code, la rédaction des consignes, la formation et l’accompagnement quotidien reposent sur un nombre restreint de collègues déjà sursollicité.es par leurs autres tâches.
La gestion des stocks
Cataloguer dans Noemi est plus complexe et plus long que dans l’ancienne application ADCAT. Les stocks d’ouvrages en attente de catalogage deviennent un réel problème, les étagères débordent, l’espace commence à manquer dans les bureaux. Au service de la Bibliographie française Livres qui traite le Dépôt légal des monographies, plus de 26 000 documents sont en attente de signalement. Faute de listings contrôle-qualité et d’une conversion-retour opérationnelle, les produits bibliographiques ne paraissent plus depuis près de 6 mois et les bibliothèques ne récupèrent plus les notices dites de référence du DL. La mission du dépôt légal est à l’arrêt et le retour à la normale reste indéterminé. Sur cette question, la direction est aux abonnés absents.
Les revendications portées par la CGT
- la poursuite de l’amélioration des fonctionnalités et de l’ergonomie de Noemi et des développements de l’interface publique du catalogue, avec les moyens nécessaires en termes de budget et d’effectif
- la rédaction des consignes les plus pressantes et la prise en compte des collections spécialisées
- la fourniture d’équipements ergonomiques (doubles écrans, souris)
- l’abandon des objectifs de production et des délais médians, notamment pour les prochains entretiens professionnels de 2027
- l’accompagnement renforcé des agent.es en difficulté
- la révision du COP (Contrat d’objectifs et de performance) sur les délais de catalogage
Les réponses de l’administration :
- équipement : confirmation que les doubles écrans et les souris ergonomiques seront fournis à tous.tes les agent.es qui en feront la demande
- consignes : engagement de produire des consignes ciblées sur les points où il y a le plus de demandes, pour sortir de la « navigation à vue »
- indicateurs de production : lors du COP 2027, une réflexion sera engagée sur la révision des indicateurs de production, reconnaissant implicitement que les objectifs actuels ne sont pas tenables avec le déploiement de Noemi
- conversion retour : l’administration affirme que l’objectif est de ne plus utiliser la conversion retour à terme. Une réflexion est en cours sur l’outil de diffusion pour les trois prochaines années.
Victoire syndicale : obtention d’une prime
A la demande de la CGT, l’administration a confirmé le versement d’une prime spécifique pour reconnaître l’investissement exceptionnel des équipes qui ont participé au projet Noemi (MET, formateurs et formatrices …). Versée en fin d’année, elle concernera les agent.es titulaires et contractuel.les et sera structurée selon le niveau de participation.
3. Point d’étape de la réorganisation du département de la Conservation (DSC)
A l’horizon d’Amiens, l’administration souhaite redéfinir la politique de conservation, définir le rôle et l’organisation des différents sites et répondre aux attentes des personnels. Après plusieurs étapes (rapport, questionnaire, ateliers), des scénarios de refonte du DSC sont en cours de réalisation.
Contexte et données chiffrées
La CGT rappelle la situation critique de la filière Métiers d’art qui travaillent dans les ateliers, s’appuyant sur les alertes répétées adressées à la direction. Le constat est celui d’une érosion massive des moyens qui menace la pérennité des savoir-faire :
- effondrement des effectifs : perte de 37 % des effectifs métiers d’art en moins de 15 ans
- effondrement budgétaire : le budget conservation/restauration est passé en 15 ans de 5,6 M€ en 2009 à 2,1 M€ en 2025, soit une baisse de 71 % en intégrant l’inflation
- 25 départs à la retraite prévus (2024-2029) sans plan de remplacement massif
- blocage des recrutements : la direction n’a fait aucune nouvelle demande d’ouverture de concours malgré les incitations du ministère de la Culture.
Remarques de la CGT :
- Quotas versus qualité : exigence de sortir de la logique de quotas et de pression sur les objectifs pour privilégier la logique de projet et la qualité des traitements, nécessité d’une dotation en matériel adéquat et de délais desserrés
- Reconnaissance : demandes concrètes sur la prime d’ancienneté et le repyramidage
- Recrutement : organisation de concours réguliers pour le maintien des savoir-faire
- Incertitudes géographiques : angoisse persistante sur l’ouverture d’Amiens et les fermetures de Bussy et Sablé.
- Transversalité : refus de l’interchangeabilité des métiers d’art
Réponses et engagements de la direction
- sanctuarisation des moyens : engagement à sanctuariser les moyens de la conservation dans le prochain budget
- sites de Sablé et Bussy : non concernés par la réorganisation
- recrutements envisagés à l’issue de la GPEEC métiers d’art en cours
- transparence : diffusion des trois scénarios complets de la réorganisation aux représentant.es du personnel et aux agent.es concerné.es.
4. Politique en faveur du handicap
La BnF s’engage dans une convention avec le FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique). Ce dispositif permet à l’établissement de bénéficier de subventions en contrepartie d’objectifs chiffrés en matière de recrutement, de maintien dans l’emploi, de formation et d’accessibilité.
La CGT a soulevé plusieurs remarques et interrogations :
- sur le budget : exigence que les fonds FIPHFP soient strictement additionnels (et non en substitution des budgets déjà existants)
- sur les ressources humaines : demande de renforcement des effectifs pour la mission handicap et la médecine de prévention, afin d’éviter la saturation de ces services
- sur le recrutement : des objectifs plus ambitieux que 1 à 2 CDI par an et garantie de titularisation des apprentis
- sur le maintien dans l’emploi : imposition de délais contraints pour la mise en œuvre des aménagements de poste, développement de solutions collectives pour les métiers physiques face à l’usure professionnelle et facilité d’accès au télétravail
- sur la formation et le soutient des encadrant.es : l’accompagnement des encadrant.es doit dépasser le cadre théorique pour inclure un soutien opérationnel réel (notamment sur les questions de handicap invisible et psychique)
- sur l’accessibilité : lancement immédiat d’un plan de travaux urgents sur les sites (notamment Tolbiac et l’Arsenal) en dehors du conventionnement (qui subventionne uniquement les équipements individuels)
Les réponses de la direction et éléments actés :
- budget : aucune baisse du budget interne dédié au handicap. Les subventions perçues du FIPHFP viendront en abondement et non en substitution des crédits existants
- recrutement : concernant l’objectif d’apprentissage, engagement sur un taux de pérennisation de 1 apprenti sur 2 à l’issue de leur contrat
- accompagnement des encadrant.es : au-delà des formations initiales, un suivi post-formation sera mis en place pour les accompagner dans la durée.